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s'affranchir de l'impuissance"
Le besoin de reconnaissance.
Quelques-unes des vies les plus tragiques que j'ai connues étaient
celles de gens qui permettaient à la haine, la colère et le
ressentiment, de les consumer, mais à l'intérieur d'eux-mêmes,
derrière les fragiles couches de souffrance et d'hostilité,
ils étaient des personnes gentilles et aimantes.
David Kelly était l'une de ces personnes.
Il était le plus âgé des fils d'un père dur et
sévère. David s'était toujours battu pour plaire à
son père, mais rien de ce qu'il faisait était assez bon pour
lui. Que David travaille aussi fort et aussi longtemps qu'il le pouvait sur
le ranch, ce n'était jamais assez. Peu importe avec quelle efficacité
il remplissait ses responsabilités, qu'il propose son aide pour des
tâches qui ne lui étaient pas assignés, il n'arrivait
jamais à satisfaire son père.
Au cours de la vie de David, son père ne lui avait
jamais dit qu'il faisait du bon travail ou qu'il était une bonne personne.
À aucun moment, son père ne lui avait dit qu'il l'aimait. Et
jamais il ne l'avait touché physiquement sauf pour le frapper, le pousser
ou le brutaliser. Et peu importe ce qui lui arrivait, même lorsqu'il
était tout petit, David n'avait pas le droit de pleurer ; il ne lui
était pas permis d'être un pleurnichard.
David se rappelait le jour où, à l'âge
de dix-sept ans, en s'accotant sur le pot d'échappement d'un gros tracteur,
il s'était sévèrement brûlé le derrière
du bras droit et l'épaule. Les brûlures étaient si sévères
qu'il allait devoir être hospitalisé et il aurait besoin de
greffes cutanées. Se tenant devant son père, dans des souffrances
atroces, on lui ordonna d'arrêter de pleurer ; son père se moquait
de lui en le traitant de bébé, de "fillette" qui devrait avoir
honte de ses larmes. Lorsque David ne put plus endurer la douleur, il tomba
à genoux, en sanglots. Son père le tira brusquement à
ses pieds et le fouetta avec une corde servant dans les champs.
David apprit à être stoïque et il apprit
à endurer. C'était devenu un but dans sa vie de prouver à
son père qu'il était un homme, qu'il était assez fort
et assez endurant pour tout faire. Il se donna complètement à
son labeur en prenant souvent des risques incroyables durant ses journées
de travail, juste pour impressionner son père.
Un après-midi d'automne, peu de temps après
le mariage de David, son père labourait les champs ; lorsqu'il s'arrêta
pour savoir pourquoi le moteur du tracteur avait calé, le tracteur
réembraya soudainement et il se retrouva coincé sous celui-ci.
L'engin lui roula sur le corps, lui déchiqueta un bras le laissant
se vider de son sang, seul dans le champ.
David était scandalisé, Il était
frustré que son père se soit tué parce que, en mourant,
son père lui avait volé sa chance de faire ses preuves. Sa haine,
sa colère et sa confusion surpassaient tout entendement.
Lorsque David est venu me voir, c'était pour répondre
à la volonté de sa femme. Elle s'inquiétait de la façon
dont David traitait leur fils de quatre ans. Elle s'était rendu compte
que David traitait leur enfant de la même façon que le père
de David avait traité son fils. Il ne permettait pas à son fils
de pleurer et il ne lui permettait pas d'être un enfant.
Lorsque, finalement, je réussis à amener
David à donner des mots à ses sentiments, il me parla de la
rage qu'il entretenait envers son père pour lui avoir volé la
chance de s'éprouver et de se faire valoir. Avec des larmes de frustration
et une colère grinçante, il dit que cet enfant de p... était
mort sans jamais lui dire qu'il était un homme ou qu'il l'avait aimé.
David déclara qu'il allait haïr son père jusqu'à
son dernier jour pour la façon dont il l'avait traité et pour
lui avoir volé sa chance. La laideur de ses émotions ne laissait
pas beaucoup de place à l'imagination. david était un homme
rongé par la souffrance et décidé à se détruire.
Il était évident que David devait se libérer
de ses émotions. S'il ne pardonnait pas à son père et
ne mettait pas un terme à cette relation de haine, non seulement il
continuerait à en payer le prix pour le reste de sa vie, mais son jeune
fils et sa femme devraient payer également.
Bien sûr, j'ai dit à David tout ce que vous
venez de lire dans ce chapitre, mais dans son cas, je devais aller plus loin.
David devait agir pour obtenir un règlement émotionnel définitif
avec ses sentiments. Il se sentait pris au piège, sans moye de s'en
sortir, parce que la mort de son père l'avait privé de ses chances
de faire la paix avec lui-même. Lorsqu'il comprit que son père
le retenait prisonnier d'un lien de haine et de ressentiment qui dominait
sa vie présente, David devint très motivé : il lui était
très désagréable de penser qu'il perdait son pouvoir.
L'idée qu'un homme le contrôlait de sa tombe le rendait malade.
Il voulait récupérer son pouvoir. Il le voulait pour lui et
pour sa famille.
Ce qui déclencha le changement chez David fut
qu'il comprit qu'il n'est pas nécessaire d'obtenir l'accord et la
coopération de l'autre pour lui pardonner. L'autre personne n'a même
pas besoin de le savoir. Elle n'a pas à être désolée.
Elle n'a pas besoin d'admettre ses erreurs. Le pardon, c'est à vous
que vous l'accordez, pas à elle.
Cela a également aidé David d'apprendre
que, dans la gestion de notre vie, nous devons parfois nous donner ce que
nous souhaitons obtenir des autres. Le père de David n'était
pas capable de lui dire qu'il l'aimait. Il était incapable de lui dire
qu'il était un homme bon qui méritait le meilleur dans la vie.
Il était incapable de lui dire puisqu'il était mort. David
pouvait attendre aussi longtemps qu'il le désirait, il pouvait bouder
et rager pendant des années, cela ne changerait rien.
J'ai convaincu David qu'il devait se donner ce qu'il
avait espéré obtenir de son père. Il devait se regarder
volontairement dans un miroir et se dire les choses qu'il aurait voulu entendre
son père dire. Il devait littéralement dire : "Tu es un homme
bon. Tu as toujours été bon. Tu mérites les sentiments
et les récompenses d'une vie saine et équilibrée. Et
tu les auras parce que tu le mérites. Parce que ton père n'a
pas choisi de voir ces qualités ne signifie pas qu'elles ne sont pas
là. Il ne les a pas vues à cause de son filtre, non pas à
cause de tes lacunes."
Lorsque David put se regarder honnêtement dans
un miroir et lorsqu'il se donna ce qu'il avait souhaité obtenir de
son père, il trouva la force et le courage de pardonner à son
père. Il savait que, s'il était véritablement un homme,
il devait surmonter l'insurmontable. Il savait comment il était torturant
de se sentir comme il se sentait et il pouvait deviner que ce sentiment avait
probablement torturé son père lui-même. Il pardonna à
son père parce qu'il ne voulait pas vivre comme lui et subir la souffrance
et la douleur qui avaient fait tellement partie de sa relation avec son père.
Lorsque David se donna tout cela et qu'il pardonna à
son père, il fut libre de choisir sa propre façon de vivre dans
le monde. Il décida qu'il ne serait plus prisonnier de cet héritage
parental. Dans l'une de nos dernières rencontres, il m'a regardé
droit dans les yeux et il m'a dit : " Cela ne peut plus durer ainsi. Cela
doit arrêter ; cela doit arrêter immédiatement, sinon mon
fils paiera le même prix que moi. " En ayant cette réflexion
et en agissant ensuite de la manière que j'ai décrite, David
fut capable de briser ses liens et d'obtenir la liberté que seul le
pardon peut apporter.